06.04.2006

Cours d’occitan pour adultes dans les autres régions occitanes (que le Limousin) (J. Moreu)

I - Offre


2500 à 3000 personnes suivent des cours pour adultes.
170 cours pour adultes ont été recensés pour le moment.
Dynamique de création de nouveaux cours depuis quelques années : création par exemple dans le Cantal de 10 nouveaux cours en un an en 2004.

Types d’offres et caractéristiques :
  • ateliers de discussion : échanges, recherche de lien social en occitan
  • cours d’occitan : apprentissage de la langue et de la culture occitanes à travers la langue
  • stages : découverte, stages intensifs, parcours de stages
Fréquence : 1 fois par semaine, 1 fois tous les 15 jours, stages mensuels

Structuration des cours – progression pédagogique : cours organisés selon différents niveaux ou pas
A noter : reconnaissance par l’Université Toulouse Le Mirail du cursus développé par l’IEO Haute-Garonne : signature d’une convention (mars 2006) qui permet d’avoir des équivalences entre les formations dispensées par les 2 organismes

Méthode : chacun utilise plusieurs méthodes qu’il adapte à ses besoins, on gagnerait peut-être à mutualiser.

Formation des formateurs : la majorité des formateurs se forme sur le tas. Quelques-uns ont suivi une formation spécifique.

Statuts des formateurs : la majorité sont bénévoles, création d’emplois récemment

Prix : de gratuit à 230 € / an (cursus de 33 cours hebdomadaires animé par un professeur salarié)

Structures qui organisent des cours :
  • Institut d'Etudes Occitanes dans toutes les régions occitanes (dans 23 départements)
  • Centre de Formation Professionnelle Occitan (CFPO) : réseau avec un pôle central à Bésiers (présent aussi dans les Pyrénées-Atlantiques : le CFPOC d'Orthez et à Toulouse)
  • Ecole Occitane d'Eté (EOE), et d'Hiver (EOI) : stages existants depuis plus de 30 ans
  • Ecole occitane en Provence (EOP)

II - Demande

Types différents de demandes :
  • intérêt personnel (majorité du public) : découverte, perfectionnement, échanges (recherche de lieux de socialisation de la langue)
  • intérêt professionnel :
    • formation de formateurs : objectif de former d’autres personnes
    • personnes qui se forment pour utiliser l’occitan dans le cadre de leur métier :
    • médias
    • tourisme
    • collectivités : un exemple qu'il faut citer, celui du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques qui a un programme de formation de ses techniciens à l'occitan. Seule collectivité aujourd'hui qui a une politique volontariste pour former ses salariés.

De qui vient la demande ?
  • individus
  • associations
  • comités d’entreprises (ex. : Air France et Motorola à Toulouse, EDF à Auch)
Dès qu’il y a proposition d’une offre de qualité, il y a de la demande.

Il y a de plus en plus de demandes.
L’offre actuelle et les moyens utilisés pour le moment ne permettent pas de répondre à toutes les demandes : en effet manque de formateurs, manque de soutien financier pour prendre en charge les frais de déplacement et proposer des cours à un tarif raisonnable.

Effort important à porter sur la formation de formateurs :
  • formation longue (proposée actuellement par le CFPO sur 1 an)
  • formation selon un plan de formation (pour renforcer les compétences de bénévoles qui donnent déjà des cours, et former des personnes qui ont une connaissance de la langue mais n'ont pas les techniques)

III – Perspectives de développement

Pour développer l’offre en termes de qualité, de quantité et de visibilité : projet de mise en place pour 2007 d’un Réseau Labellisé de Cours d’Occitan pour Adultes PARLESC (cf intervention d'Esteve Ros).
En deux mots : c’est un projet qui résulte du 1er Congrès des Cours d’Occitan pour Adultes réalisé en avril 2005 à Villeneuve-sur-Lot en partenariat entre l’Institut d’Etudes Occitanes, l’Ecole Occitane d’Eté, et le CFPO, avec le soutien du Conseil régional d’Aquitaine.

Afin de mieux connaître la réalité de l’offre de cours pour adultes, le public qui prend des cours, les formateurs et les structures qui organisent les cours, la 1ère Enquête Générale sur l’Enseignement de l’Occitan aux Adultes sera réalisée en 2007. Elle comprendra également une partie d’Etude de Faisabilité de la mise en place du Réseau Labellisé PARLESC.
Sur la base du travail réalisé en Bretagne par DAO (structure qui fédère les cours de breton pour adultes et qui est reconnue par le Conseil régional de Bretagne) :
  • questionnaires auprès d’adultes apprenant l’occitan, de formateurs, et des structures organisnant des cours
  • analyse
  • restitution des résultats
  • orientations à définir pour la mise en place du réseau labellisé
L’Institut d’Etudes Occitanes réalisera cette enquête.
Les différents Conseils régionaux concernés dont le Conseil régional du Limousin ont été ou seront sollicités prochainement pour soutenir ce projet, ainsi que le Ministère de la Culture.


Conclusion

Les exemples de politiques linguistiques menées dans d’autres régions ou Pays d’Europe tels que le Pays de Galles, la Bretagne ou la Catalogne montrent qu’il est indispensable de développer les cours pour adultes pour la transmission d’une langue.
Le développement des cours pour adultes est donc indispensable pour la transmission de la langue occitane.
Celui-ci ne sera possible que par le renforcement d’un partenariat étroit entre associations et organismes de formation d’une part, et les institutions d’autre part.

Jan Moreu, directeur de l'IEO nacionau.

02.04.2006

La linga per los beus : oferta e damanda en Lemosin (J.-F. Vignaud)

Dresser un état des lieux de l'enseignement de l'occitan pour les adultes en Limousin, c'est se retrouver face à une situation qui, loin d'être satisfaisante, n'en comporte pas moins quelques éléments encourageants. Juste encourageants, pas plus, d'aucuns face à autant de carences diront qu'il n'y pas de quoi se réjouir, mais nous sommes habitués à une telle indigence dans le domaine de l'enseignement que quand, comme ici, les problèmes ne semblent pas insolubles, ça nous donne un peu d'élan.

En effet, nous nous retrouvons face au paradoxe bien connu : alors que le nombre de locuteurs occitanophones naturels régresse, la demande pour (ré)apprendre et se familiariser avec la langue du pays va grandissante ; c'est sur ce point que la situation est encourageante.
Le problème se situe, on l'aura compris, au niveau de l'offre de cours qui est largement insuffisante. Si elle ne se confronte pas à de véritables blocages institutionnels, elle se voit surtout entravée par un manque de moyens, financiers, bien entendu, mais surtout humains.
Une situation qui nous permet raisonnablement de penser qu'avec pas mal d'obstination de notre part et plus de reconnaissance et d'aide de la part des institutions, nous pourrions largement améliorer l'offre et la diffusion des cours d'oc pour adultes à l’image des expériences menées dans d'autres régions.

I - ‘Na damanda que ufla

Une demande importante pour peu qu’on la suscite

Nous recevons très régulièrement des demandes pour la mise en place de cours d'occitan qui émanent de communes, d'associations ou de simples particuliers (Egletons, Ayen, Guéret, St Junien, St Yrieix, Aubusson, Brive …). Beaucoup de demandes proviennent de localités situées à l’est de la région où il n’existe, à notre connaissance aucun cours d’oc.
Lors de toutes nos activités et animations fréquentes sur les trois départements limousins (tenues de stands de livres, spectacles, enquêtes ethnologiques...), la question sur l'existence de cours nous est invariablement posée. Le désir de la population limousine de se familiariser avec la langue occitane est aujourd’hui tangible, ce qui n’était pas forcément le cas il y a quelques dizaines d’années quand la langue était omniprésente mais vécue comme un signe d’arriération culturelle.
Les cours existants fonctionnent avec un nombre respectable d’élèves (en moyenne entre douze et quinze).
On pourrait également citer le cas du centre culturel municipal Jean Gagnant de Limoges où le nombre de personnes est plafonné et où de nombreux inscrits restent sur liste d'attente.
Nous avons reçu à plusieurs reprises des sollicitations de parents d'enfants scolarisés à la Calandreta qui souhaiteraient connaître quelques bases linguistiques (lors, par exemple, de stages d'immersion) pour pouvoir communiquer plus largement avec leurs petits.

Qui vòu aprener la linga : profil socio-linguistique des participants

Les étudiants sont majoritairement (environ les ¾ des effectifs) des personnes qui avaient déjà une relation d’intimité avec la langue, un lien familial. Ils ont entre 45 et 80 ans comprennent la langue, et souvent la parlent. Ils viennent faire là une réappropriation identitaire : apprendre à parler, à lire, à écrire l’occitan. Il s’agit toujours de gens qui se sont coupés à un moment ou à un autre de leur vie de leurs origines rurales et qui s’intéressent désormais à leur héritage culturel qu’ils perçoivent comme étant en péril.
Il s’agit là de ce que l’on appelle les « locuteurs passifs » très nombreux en Limousin.
Voilà, à notre avis, un des enjeux majeurs des cours d’occitan pour adultes : pouvoir « ramener » et sensibiliser à la culture occitane cette frange importante de la population régionale.
Le quart restant concerne des personnes étrangères à la région, qui s’intéressent à son patrimoine culturel et sont bien conscientes qu’il y a ici une identité particulière (ce sont généralement des gens installés à la campagne). Ils y voient un moyen d’asseoir leur intégration au pays (la démarche est ainsi entreprise par certains anglais, nombreux désormais dans nos villages…)


II - ‘N’oferta que fai çò que la pòt…

Il existe aujourd’hui, à notre connaissance, des cours pour adultes dans les communes suivantes : Limoges (CCM Jean Gagnant, conservatoire national de musique), Pierre Buffière, Saint Auvent et Saint Mathieu (87) ; Saint Sornin Lavolps et Sioniac (19) ; Marthon, Montemboeuf et St Maurice des lions (16). Ainsi l’offre de cours est absente de vastes zones du territoire régional (est et nord de la région) alors que l’ouest et la Charente occitane ne sont pas trop mal pourvus.
Ces cours rassemblent environ 120 personnes. Il s’y fait malheureusement peu d’initiation pour les grands débutants, le public étant essentiellement formés de personnes venues se replonger dans la langue de la famille. Reconnaissons qu’il faut souvent de l’obstination aux débutants pour ne pas se décourager quand ils se retrouvent dans des cours où les disparités de niveau sont très importantes.
Leur contenu est principalement axé sur l’apprentissage de la lecture et de l’écrit. Par manque de temps, la pratique de l’oral ne peut être menée de manière véritablement satisfaisante. Quelques animateurs d’ateliers s’appuient sur des méthodes (notamment "Lo Lemosin redde e ben", mais aussi le récent ensemble "Oc-Ben"). Malgré tous leurs mérites, ces méthodes ne correspondent pas toujours à la demande des participants. De nombreuses personnes viennent simplement aux cours pour le plaisir de la discussion.
Il n’existe pas de cours formel avec un niveau exigé en fin d’année (on peut d’ailleurs, au vu du public concerné, se demander si une telle exigence serait bien accueillie).

Des ateliers de langue « annexes »

Nous classerons ici plusieurs types d’ateliers :
Des ateliers de conversation et de lecture (Rilhac, Bersac, Piégut, Peyrelevade, Eygurande…) destinés, le plus souvent à un public de fidèles.
Nous avons également recensé de nombreux ateliers de « patois » disséminés aux quatre coins du territoire. Leur recensement en est difficile car il s’agit le plus souvent d’initiatives isolées destinées, là aussi, à un public de fidèles qui n’ont, bien souvent, d’autres souhaits que de discuter entre eux. Leur conscience linguistique est généralement confuse (le terme « occitan » n’est pas toujours bien admis, on lui préfère celui de « patois ») et leur démarche sera exclusivement patrimoniale. Certains d’entre eux ont produit des recueils de vocabulaire, des vidéos sur la langue et les savoir-faire locaux. Ils sont nombreux preuve d’un véritable souci de réappropriation identitaire : Ladignac, Cussac, Les Salles-Lavauguyon, Rancon, Issoudun Létrieix, Parsac, La Celle Dunoise, Lupersat, Ste Fortunade, Uzerche… Nous avons eu l’occasion de nous rapprocher (quelquefois sur leur demande) de certains d’entre eux qui, abandonnant leurs anciennes convictions, semblent prêts à s’ouvrir à la graphie occitane, conscients qu’elle leur ouvrirait de plus larges perspectives : accès à l’écrit, à la littérature...
Nous rajouterons à cette liste l’atelier d’écriture en occitan qui existe actuellement à Limoges mais aussi les ateliers de chants (Masseret, St Priest sous Aixe, les Salles…) dont le répertoire est majoritairement occitan.


Une offre limitée sur l’espace et le temps : pas pro monde per far petar la cràia sus lo tableu

5 des cours actuellement dispensés en Limousin sont assurés par un animateur de l’IEO Lemosin. Ces cours se déroulant en soirée, l’IEO ne peut pas en proposer d’autres faute d’intervenant. Par ailleurs, notre association n’a pas pour seule ambition d’assurer des cours. Nous ne pouvons malheureusement pas satisfaire de nombreux cours en raison de leur éloignement géographique.
Il existe des personnes qui pratiquent fort bien la langue et qui souhaiteraient animer des ateliers d’occitan. Seulement, ils manquent bien souvent de formation pratique et théorique. Notre souhait serait de mettre en place des stages de formation qui assureraient leur apprentissage.


III - Per ‘chabar : qué far ?

Ainsi on pourrait envisager :

  • Un recensement de la demande :
    • des personnes intéressées par des cours,
    • des communes prêtes à en accueillir.
  • Occitaniser des ateliers : Issoudun, Bugeat…
  • Le recrutement d’intervenants en collaboration avec l’ANPE
  • La création d’une formation de formateurs au GRETA ou à l’AFPA
  • L’installation progressive d’un réseau de cours dans tout le Limousin (dans un premier temps dans les grosses agglomérations de la région)
  • L’édition d’une méthode d’occitan limousin moderne (libre + CD o DVD), grand public.
  • La réalisation de campagnes régulières de promotion et d’information dans les médias et la diffusion de dépliants (l’IEO Lemosin a sorti une plaquette « Per bargassar en Lemosin ... Cours du soir d’occitan en Limousin »).

Jan-Francés Vinhau, animator culturau a l'IEO Lemosin.