05.03.2006
Mise en valeur de la mémoire occitane - Enquête sur le Pays de Guéret (M. Manville)
Le travail, dont je vais vous parler, a fait l’objet d’une commande dans le cadre d’un protocole de décentralisation culturelle qui avait pour but l’expérimentation d’un transfert de compétences de l’Etat au Département concernant notamment l’inventaire et l’architecture.
Ce protocole, signé fin 2003 entre l’Etat, la Région Limousin et le Département de la Creuse, vient de se terminer. Il a permis d’aborder de nombreux pans du patrimoine creusois dont le fait dialectal qui est un vecteur identitaire essentiel de la culture locale.
Pour ce faire, un territoire expérimental a été choisi : le Pays de Guéret, situé au nord du Limousin et qui compte 44 communes. Il se présente comme une véritable porte des terres occitanes, une marche linguistique à la confluence du nord et du midi. En effet, bien que la totalité de ce territoire se trouve en zone occitane, sa situation de frontière a engendré de fortes nuances dialectales.
Nous sommes ici en présence de 3 dialectes occitans : limousin au sud-ouest, auvergnat à l’extrême sud-est, enfin marchois (avec de nombreuses nuances de parlers) sur les ¾ nord du Pays. C’est la 1ère fois en Limousin qu’un territoire aussi vaste a fait l’objet d’une démarche systématique d’inventaire des parlers. Cette étude a ainsi été confiée à l’Institut d’Etudes Occitanes du Limousin dont je voudrais souligner ici la grande implication dans le travail et je tiens à remercier tout particulièrement J.-F. Vignaud, enquêteur – animateur à l’IEO, pour le professionnalisme et la disponibilité dont il a fait preuve.
Méthodologie
Ce travail d’inventaire ethnolinguistique a débuté par une prise de contact auprès de la mairie de la commune à enquêter. Le montage de l’opération est ensuite communiqué à la mairie qui établit une liste des personnes ressources : locuteurs occitanophones du village (le plus souvent âgés), érudits locaux, élus…
L’Institut d’Etudes Occitanes procède, en même temps, à un rapide repérage de la commune (éléments bibliographiques, rencontre de personnes relais…) et effectue un relevé toponymique sur le cadastre.
En accord avec la ou les municipalité(s), une date est choisie pour procéder à une enquête communale réunissant les personnes ressources.
La durée de la réunion n’excède pas deux heures et demie.
La trame de l’enquête est calquée sur les grandes fêtes du calendrier chrétien (le Premier de l’An, les Rois, Carnaval, cycle de Pâques, Saint-Jean, Assomption, Toussaint, Noël, …), sur les évènements importants de la vie paysanne (fauches, moissons, labours, foires, ...) et sur les étapes de la vie (enfance, adolescence, vie adulte, vieillesse, ...), ainsi que sur les chansons, contes, dictons, comptines, dires, proverbes…
Dans la mesure du possible, l’ensemble de ces entretiens s’effectue en occitan. Le français est cependant fréquemment utilisé en soutien dans les communes les plus septentrionales.
L’identité des informateurs est notée scrupuleusement, ainsi que l’aide éventuelle qu’ils peuvent apporter (locuteurs, voisins de locuteurs, musiciens, possesseurs d’objets à forte valeur ethnologique…).
Les réunions communales sont enregistrées en totalité.
En complément à ces réunions collectives sont prévues des réunions individuelles au domicile d’informateurs repérés afin d’approfondir certains points et effectuer un nouvel enregistrement dans de meilleures conditions sonores.
Toutes les données collectées lors des enquêtes (textes, photos, son…) sont saisies sur ordinateur et prêtes à l’exploitation.
Ce protocole, signé fin 2003 entre l’Etat, la Région Limousin et le Département de la Creuse, vient de se terminer. Il a permis d’aborder de nombreux pans du patrimoine creusois dont le fait dialectal qui est un vecteur identitaire essentiel de la culture locale.
Pour ce faire, un territoire expérimental a été choisi : le Pays de Guéret, situé au nord du Limousin et qui compte 44 communes. Il se présente comme une véritable porte des terres occitanes, une marche linguistique à la confluence du nord et du midi. En effet, bien que la totalité de ce territoire se trouve en zone occitane, sa situation de frontière a engendré de fortes nuances dialectales.
Nous sommes ici en présence de 3 dialectes occitans : limousin au sud-ouest, auvergnat à l’extrême sud-est, enfin marchois (avec de nombreuses nuances de parlers) sur les ¾ nord du Pays. C’est la 1ère fois en Limousin qu’un territoire aussi vaste a fait l’objet d’une démarche systématique d’inventaire des parlers. Cette étude a ainsi été confiée à l’Institut d’Etudes Occitanes du Limousin dont je voudrais souligner ici la grande implication dans le travail et je tiens à remercier tout particulièrement J.-F. Vignaud, enquêteur – animateur à l’IEO, pour le professionnalisme et la disponibilité dont il a fait preuve.
Méthodologie
Ce travail d’inventaire ethnolinguistique a débuté par une prise de contact auprès de la mairie de la commune à enquêter. Le montage de l’opération est ensuite communiqué à la mairie qui établit une liste des personnes ressources : locuteurs occitanophones du village (le plus souvent âgés), érudits locaux, élus…
L’Institut d’Etudes Occitanes procède, en même temps, à un rapide repérage de la commune (éléments bibliographiques, rencontre de personnes relais…) et effectue un relevé toponymique sur le cadastre.
En accord avec la ou les municipalité(s), une date est choisie pour procéder à une enquête communale réunissant les personnes ressources.
La durée de la réunion n’excède pas deux heures et demie.
La trame de l’enquête est calquée sur les grandes fêtes du calendrier chrétien (le Premier de l’An, les Rois, Carnaval, cycle de Pâques, Saint-Jean, Assomption, Toussaint, Noël, …), sur les évènements importants de la vie paysanne (fauches, moissons, labours, foires, ...) et sur les étapes de la vie (enfance, adolescence, vie adulte, vieillesse, ...), ainsi que sur les chansons, contes, dictons, comptines, dires, proverbes…
Dans la mesure du possible, l’ensemble de ces entretiens s’effectue en occitan. Le français est cependant fréquemment utilisé en soutien dans les communes les plus septentrionales.
L’identité des informateurs est notée scrupuleusement, ainsi que l’aide éventuelle qu’ils peuvent apporter (locuteurs, voisins de locuteurs, musiciens, possesseurs d’objets à forte valeur ethnologique…).
Les réunions communales sont enregistrées en totalité.
En complément à ces réunions collectives sont prévues des réunions individuelles au domicile d’informateurs repérés afin d’approfondir certains points et effectuer un nouvel enregistrement dans de meilleures conditions sonores.
Toutes les données collectées lors des enquêtes (textes, photos, son…) sont saisies sur ordinateur et prêtes à l’exploitation.
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Les recherches sur le terrain nous ont permis d’affiner les conclusions de 2 études remarquables menées à la fin du XIXème siècle par Ch. de Tourtoulon et O. Bringuier qui, sur une demande du Ministère de l’Instruction Publique, déterminèrent en 1875, dans leur étude sur la limite géographique de la langue d’Oc et de la langue d’Oil, la frontière entre les 2 langues, de la pointe de Grave en Gironde jusqu’à la forêt de Nouziers, et le Docteur François Vincent de Sardent qui, dans son étude sur le patois de la Creuse parue dans le Tome V des Mémoires de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de la Creuse, en 1885, avait défini les limites entre les 3 grands dialectes creusois.
Il est très intéressant de noter que les isoglosses (lignes de limite dialectale) et les critères linguistiques distinctifs relevés entre les 3 dialectes creusois par ces chercheurs n’ont pas changé depuis 130 ans. En effet, les travaux engagés font apparaître que la langue semble figer dans ses limites, ses fragmentations internes sont inchangées et seul le lexique, dans les communes marchoises les plus septentrionales, semble s’être francisé depuis une soixantaine d’année.
En guise de conclusion, concernant la situation sociolinguistique d’aujourd’hui, la première chose qu’il convient de souligner, c’est l’omniprésence de la langue occitane. La langue est encore un vecteur de communication quotidien pour la plupart des ruraux de plus de 60 ans originaires de ce territoire, et ce dans toutes les communes qui ont été recensées. Il n’y a guère que dans la région de Guéret (agglomération et quelques communes voisines : St Fiel, St Sulpice) ainsi que dans les gros bourgs (Bonnat, St Vaury, Châtelus) que la langue semble plus clandestine, diluée dans une population plus fréquemment brassée.
Ainsi, une enquête menée sur la commune de Roches a fait apparaître qu’environ 20 % de ses administrés pratiquaient l’occitan. Nous avons rencontré des locuteurs d’une quarantaine d’années dont c’est la langue maternelle.
Cependant, la langue s’est repliée dans les derniers recoins de l’intimité : c’est la langue du couple, de la famille, des voisins, mais en aucun cas, on ne la parlerait devant un étranger (c’est-à-dire quelqu’un de la commune voisine qu’on ne connaît pas).
Cette situation est renforcée par les difficultés d’intercompréhension, notamment chez les locuteurs marchois où les habitants de Nouziers diront ne pas comprendre les habitants de la région de Guéret.
Les usagers de ces parlers ont rarement conscience de parler un vrai « patois » (c’est-à-dire l’occitan qu’ils situeront vers Limoges, mais plutôt un « français déformé par le patois »). En revanche, les marchois ont très nettement conscience d’avoir une identité linguistique propre et différente de celle des berrichons.
Contrairement aux parlers auvergnat et limousin de la Creuse qui ont été largement étudiés, les parlers marchois restent encore méconnus. En raison de cette absence d’écrits, mais aussi et surtout, à cause de la situation de diglossie poussée du marchois moderne et l’absence de conscience linguistique affirmée de ces locuteurs, ce sous-dialecte risque bien de disparaître d’ici quelques années sans laisser aucune trace écrite, d’où l’urgence à recueillir ce qui peut encore l’être et à essayer de sauver tout un pan de la diversité linguistique occitane.
Dans cette perspective, la publication de ces travaux dans le cadre d’un atlas ethnolinguistique du Pays de Guéret est prévue d’ici les prochains mois.
Michel Manville, Conseil Général de la Creuse / Conservateur départemental du Patrimoine / Conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Creuse.
10:35 Publié dans m. Viure coma la lenga : enquêtes et collectages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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