06.04.2006

De l'occitan dins la vida publica (A. Roch)

Plan mercé al monde de Lemosin per aquesta convidacion a vòstras Assisas que mòstran que, de pertot, Occitania bolèga e cèrca camins novèls. Alara, soi pas vengut per vos explicar cossí cal faire mas per faire part d’expériéncias sus la question de l’occitan dins la vida publica e pus particularament sus la senhaletica.

L’occitan dans la vie publique est une revendication ancienne faisant partie de la trilogie « L’occitan a l’escòla », « L’occitan a la TV » et donc « L’occitan dins la vida publica » (cf. campagnes « Occitan, langue nationale » des années 70).

Des réponses à cette question furent apportées par certains élus mais recoupant des engagements personnels ou le simple fait de répondre à des demandes des occitanistes, et cela se fit sans programme concerté : chaque panneau occitan (entrées de communes, rues…), chaque décision étant une victoire qui n’est restée le plus souvent que symbolique.

Dans un village près de Carcassonne, un maire décida par exemple de baptiser en occitan toutes les rues du village. Il fournit une liste de noms (surtout des plantes) à un occitaniste qui les traduisit en prenant parfois bien soin de mettre la dénomination la plus éloignée du français pour bien montrer que les deux langues étaient différentes. Donc, le village a une signalétique monolingue occitane, mais aucun document d’explication n’avait été fourni aux habitants : d’où problèmes de lecture, problèmes de compréhension … Ce n’est qu’une trentaine d’années plus tard que fut organisée une conférence pour expliquer l’occitan, sa graphie. Ce travail d’information doit être impérativement mené pour récupérer la toponymie locale, l’utiliser et l’expliquer. Cela peut faire l’objet de publications simples pour tous les habitants, anciens et nouveaux, pour mettre cette richesse lexicale à la disposition de tous. Une telle action a été menée par la commune de St-Lys (Hte-Garonne).
Si de nouvelles dénominations doivent être trouvées, il faut, si possible, essayer de trouver des termes lisibles par tous : un "Planal del Garric" fera mieux l’affaire qu’une "Plaça de l’Euse" ! Des actions d’occitanisation sont à mener rapidement dans les petites communes amenées à nommer leurs rues ou lors de la création de lotissements, car il est possible d’œuvrer en amont. Dans les centre-villes, la tendance à mettre des noms de grands (ou moins grands) personnages rend la traduction en occitan peu visible ou la condamne à un témoignage historique en donnant l’ancien nom qui n’aura aucun usage social. Pour les stades, on va passer à un niveau supérieur car certains vont prendre le nom de sponsors et devenir de grandes publicités. Qui bâtira l’"Estadi d’Occitania" ?

Parmi les adversaires à la signalétique bilingue, on a souvent eu l’Équipement qui interprète à sa façon restrictive les lois et un nouvel ennemi monte en puissance, encore plus pernicieux : la Poste qui affuble souvent d’un superbe NPAI (N’habite Pas à l’Adresse Indiquée) les adresses rédigées en oc. Le service encore public n’est pas au service de l’occitan et des Occitans.

L’utilisation de l’occitan peut aussi être tout à fait symbolique et anecdotique car attribuée à des rues sans résidences !!! Les panneaux d’entrée ont pu être différenciés du panneau français, mis à part, au-dessous, plus petit, de même taille voire plus gros : nous ne sommes pas dans le domaine de l’harmonie. Dans l’Aude, toute une série de villages rentrant dans le cadre d’un financement européen autour des sites historiques et du projet « Pays cathare » portent systématiquement sur leur panneau d’entrée le nom français et au-dessous, en plus petit, le nom occitan.
Pour les noms des bâtiments publics, il est aussi plus facile d’intervenir lors de l’édification de nouveaux bâtiments et d’intégrer le terme de "Comuna" sur une façade d’Hôtel de Ville flambant neuf que de toucher aux mentions datant de la fin du 19ème siècle !!! À noter qu’en Bretagne, dans l’un des départements, grâce aux aides de la Région et du département, il revient moins cher aux Communes de procéder à la mise en place d’une signalétique bilingue français-breton plutôt que de rester au monolinguisme français !

À un moment, la précédente majorité du Conseil régional du Languedoc-Roussillon avait demandé à un étudiant de faire la traduction en occitan des actes officiels de l’institution : l’utilité sociale était forcément un peu limitée. Des feuilles avec des termes en occitan étaient aussi disponibles dans quelques Musées : elles étaient bien pâlichonnes à côté des documentations dans les autres langues. Rageant quand cela était dans un Musée de la Vigne où tous les outils avaient entendu les vignerons qui les avaient eus en main parler en occitan !

Le tourisme peut être aussi une source d’utilisation de la langue si on s’oriente vers des contenus prenant réellement en compte langue, culture et histoire d’oc sans les occulter ou les mépriser comme c’est trop souvent le cas. Et un problème de formation et d’information de tous les personnels de ce secteur se pose. Dans Limoges, capitale de la francophonie, j’ai vu les panneaux touristiques bilingues français-anglais : à Perpignan, ce même type de panneau est également bilingue, mais français-catalan !

Dans la vie commerciale, l’utilisation de l’occitan demeure très faible. Ainsi la campagne publicitaire du CIVL (Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc) mentionne les vins qui parlent le Languedoc et non ceux qui parlent la langue d’oc. Et à part, un article dans l’une des revues, rien n’a été fait sur la liaison vin-langue par cet organisme. Des commerçants prennent des initiatives, mais se pose alors la question de la graphie (une épicerie Lou Mercat vient de s’ouvrir dans un village du Minervois). Sur la lancée de la manifestation du 22 octobre, l’IEO-Aude a lancé des opérations ponctuelles avec des commerçants de signalétique à l’intérieur des magasins : un boucher, un grainetier, demain un boulanger. Ces opérations sont là comme exemples et attendent le relais des syndicats professionnels, des Chambres consulaires. C’est une chose de rajouter à la lettreuse les noms en occitan sur les étiquettes-plastique des morceaux de viande : ça en sera une autre quand le Syndicat de la Vache gasconne ou celui des veaux du Limousin fournira à tous les bouchers directement ce matériel fait de façon « normale » (mais bilingue) avec, évidemment, les moyens d’infor-mation sur ces actions. Il y a à faire aussi dans le domaine des gadgets publicitaires (stylos, …). Une chambre d’hôtes a donné des noms occitans à ses chambres en se référant au passé viticole du lieu.

Parmi des réalisations en cours valorisant l’occitan, citons dans l’Aude :
  • La publication par le Conseil Général d’un bulletin co-rédigé avec la coordination Ensemble per l’Òc des associations culturelles occitanes : Aude en Òc. Tiré pour le moment à 2 000 exemplaires, il est envoyé gratuitement à un public ciblé. Cela est intéressant car il s’agit de fortifier ce noyau mais il est également nécessaire d’avoir accès au bulletin mensuel général distribué dans toutes les boîtes aux lettres.
  • Le Comité Départemental du Tourisme a demandé à l’IEO de rédiger une brochure Tèrra d’Òc qui peut être diffusée dans tous les réseaux touristiques. L’occitan est également utilisé dans les campagnes publicitaires d’annonce du Salon du Tourisme audois annuel. Mais il reste à transformer ces signes d’intérêt en réalisation, en utilisation de l’occitan pour une réelle promotion et dans les discours en direction de l’étranger, des autres régions…
  • L’AADEL (Association Audoise du Développement Local) a en charge des actions labellisées Pays cathare. Après des années où il était expliqué que cette dénomination était une marque économique promotionnelle, on en vient à la nécessité de donner une information plus concrète aux divers acteurs d’où l’organisation de journées de formation sur l’occitan.
  • Un cours d’occitan fonctionne à l’intérieur de la Chambre d’Agriculture et des actions de présence de l’occitan sont en cours avec les réseaux FARRE (agriculture raisonnée) et Bienvenue à la Ferme. Mais beaucoup reste à faire dans le domaine des fêtes et de la promotion des produits du terroir à l’instar des réalisations faites en Cantal et en Auvergne.
  • Des villages demandent un contenu plus occitan pour leurs fêtes locales.
  • Un rassemblement national de VTT demande la mise en place d’une ambiance occitane autour du point de départ et d’arrivée.
En résumé, il reste à faire pour passer de concessions de temps à autre à l’activisme des occitanistes à des actions planifiées et conséquentes et ouvertes sur l’extérieur.

L’IEO-Aude a présenté un projet à une Communauté de Communes (Lauragais-Montagne Noire) qui est demandeuse de signalétique bilingue, d’un programme d’action culturelle. Un travail particulier se mène autour de la crèche intercommunale en construction à St-Papoul : dénomination en occitan ("Drollets" adopté par la Commission sociale), signalétique intérieure, utilisation de décors en référence avec l’occitan (exemple : dessin sur la base de la comptine "Sòm-sòm, veni, veni" sur la porte du dortoir…). Un autre volet demandé et nécessaire serait une formation en direction du personnel recruté, à élargir à tous les personnels petite enfance, d’une formation pour donner une base minimale d’occitan : quelques comptines, quelques jeux… pour que tous les enfants entendent la langue.

Pour le Parc Naturel Régional-Narbonnaise en Méditerranée, les relations évoluent très favorablement. Il fut un temps où le budget occitan était dépensé à la va-vite en fin d’année pour pouvoir disposer des mêmes sommes l’année suivante. Ce temps est révolu. L’occitan est marqué comme l’un des axes d’actions dans la Charte du Parc. Cela se traduit par la programmation culturelle (Fête de l’Ancienne Frontière occitano-catalane en juin, Identi’terres en octobre), des séances de formation (3 x 2h pour les personnels et les acteurs associatifs et économiques du territoire), utilisation dans les publications (mensuel, brochures) et demain pour le site Internet.

Pour la mise en place des sites internet, il faut à la fois jouer sur l’information touchant tous les publics et sur l’action spécifique pour les occitanophones ou les personnes sensibles à la langue d’oc pour des raisons très diverses. Il est nécessaire de pouvoir travailler à l’élaboration des projets pour ne pas être cantonné en bout de course à une simple traduction technique des textes écrits par d’autres. À ce propos, je vous donne un bon conseil : « Ne traduisez jamais ! » Il faut écrire en occitan et donc penser dans la langue, cela veut dire adapter, réécrire. L’occitan des sites (ou de tout autre « traduction ») ne doit pas devenir le français des modes d’emploi ! On ne saurait non plus se contenter d’une simple dilution folklorique : il faut axer les rédactions en direction de tous les publics sur tous les apports occitans qui peuvent être profitables. Il faut aussi avoir des pages tout en occitan : au-delà de la symbolique d’une langue à part entière, c’est une nécessité pour tous ceux qui veulent parler, lire, apprendre la langue et cela va des enfants des écoles à des gens un peu partout sur la planète qui pour telle ou telle raison peuvent s’intéresser à l’occitan.

Il faudra aussi sortir à un moment de la commande systématique, et souvent au dernier moment, à des associations occitanes ou au Servici de la lenga qui est à se mettre en place au CIRDOC. Il sera un jour (et le plus tôt sera le mieux) indispensable qu’un certain nombre d’organismes aient un personnel maîtrisant l’occitan pour pouvoir agir au plus vite dans tous ces domaines de l’intérieur car en possession de toutes les informations sur les rythmes de fonctionnement de l’organisme. De toute façon, il est important d’agir en amont.
Pour cela, la formation et l’information (d’où la nécessité de pouvoir entendre partout au moins une radio occitane sur le territoire de notre langue) doivent être primordiales pour avoir à la fois, d’une part, des spécialistes en occitan et, d’autre part, un nombre élargi de personnes sachant le B.A-BA ou le O.C-ÒC !

Alara, perqué utilizar la lenga ? Per la lenga, lo país se ditz.

Dans le cadre des politiques territoriales qui se mettent en place, elle sert de vecteur d’identification. Elle est un indicateur historique et le marquage de différences. Des différences qui ne sont pas là pour se couper des autres mais pour enrichir et échanger. Pour tous, c’est aussi signifier que l’Occitanie, le Languedoc ou le Limousin ne sont pas des déserts culturels : ils possèdent de quoi découvrir, nourrir les savoirs ou l’imaginaire, expliquer et comprendre le monde et la nature. Ils servent à chacun à s’approprier son lieu de vie (ou de passage, pour les touristes) : à lui donner un sens, un cœur et du corps.

Òc, per la lenga lo país se ditz mas tanben afirma son idenditat per èsser, per viure, per balhar e per reçaupre. En devolopant la dinamica territoriala, en prenent en compte son istòria e sa cultura, per participar al concèrt de la diversitat e exprimir al mai sas potencialitats. La societat occitana dormís sus un tresaur : es ora de trapar la lenga/clau per lo distribuir e lo faire fructificar !

Alan Roch, Animator cultural de l’IEO-Aude.

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