28.02.2006

Assises Régionales de l’occitan en Limousin : l’Institut d’Etudes Occitanes du Limousin a besoin de vous !

Suite aux Assises des Langues de France organisées en 2003, l’Institut d’Etudes Occitanes du Limousin, à la demande du Conseil Régional et de la DRAC du Limousin, prépare les futures Assises Régionales de l’occitan en Limousin qui auront lieu les 24 et 25 mars 2006 à la Faculté de Droit de Limoges (87) - voir Plan de Limoges (rubrique i).
Pour la première fois de façon officielle, l’avenir de l’occitan en Limousin va faire l’objet de discussions pendant deux jours. Quatre thèmes seront abordés :

. l’occitan dans l’enseignement / la transmission de la langue dans les familles

. l’occitan dans la vie quotidienne

. l’occitan dans les médias

. l’occitan dans la vie culturelle

Pour pouvoir alimenter le débat, l’Institut d’Etudes Occitanes a commencé de faire le bilan de tout ce qui existe en et pour l’occitan en Limousin.
Toutefois, bien que notre association ait une activité régionale, le Limousin est grand et nous ne sommes pas toujours au courant de toutes les initiatives locales.
Nous avons donc besoin de votre aide ! Apportez-nous votre concours en nous faisant connaître tout ce qui peut vous sembler utile à cette occasion : cours d’occitan pour adultes, associations s’intéressant à l’occitan, ayant des activités occitanes, journal ou dépliant avec ou en occitan, produits commerciaux avec un nom occitan, etc … Parlez-en autour de vous, peut-être que d’autres auront d’autres informations.
L’avenir de l’occitan en Limousin dépend aussi et surtout de la volonté des limousins de défendre leur culture. Alors …

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Linguicide, ethnocide, génocide



Le génocide, mot forgé, en 1946, par le professeur R. Lemkin pour qualifier les entreprises visant à la suppression de peuples entiers, comme, par exemple, les juifs ou les Tsiganes sous le Reich hitlérien, est bien connu, et maintenant couramment employé. Il peut recouvrir toute une série de mesures depuis celles visant à exterminer tous les membres d'une communauté ethnique - le génocide au sens propre et plein -, jusqu'à celles qui ont pour objet de les disperser hors de leur foyer d'origine et les empêcher ainsi de constituer un peuple assis sur son territoire, telle que fut la diaspora (dispersion) des juifs dans l'empire romain. On a parfois employé le terme de génocide dans le cas de massacres massifs, mais qui ne pouvaient avoir pour objet la disparition d'un peuple entier, et on a pu ainsi parler, à tort, me semble-t-il, de l'auto-génocide des Cambodgiens par le régime des Khmers Rouges. De toutes façons le génocide commence avec l'amorce de suppression physique de populations entières et va jusqu'à leur déracinement et leur déportation en masse. Ce qui fut de tradition dans de nombreux empires antiques et orientaux : assyrien, mongol, ottoman, etc. Mais les empires coloniaux firent pareillement périr des populations indigènes entières -Tasmaniens, par exemple -, dispersèrent des immigrants antérieurs –Acadiens -, ou des peuples entiers -Cherokees et autres -...

En URSS, lors de la seconde guerre mondiale on vit de même déporter plusieurs peuples de la Volga, du Caucase et de Crimée ; même si certains survivants purent être réinstallés chez eux une dizaine d'années plus tard, après la mort de Staline, il s'agissait bien là d'une tentative caractérisée de génocide.

L'ethnocide, mot créé, défini et propagé plus tard par les ethnologues, comme Robert Jaulin (la paix blanche. Introduction à l'ethnocide, 1970, Paris, Seuil ; De l'ethnocide, 1972, Paris, UGE) et Pierre Clastre, devait désigner, à l'image du génocide, des entreprises -plus douces ?-visant à détruire des société entières sans anéantir physiquement leurs membres, ni les disséminer ou les déplacer, mais en se contentant d'adultérer complètement leur culture et de briser leur organisation institutionnelle sur place. Ce qui fut le cas des innombrables sociétés amérindiennes, depuis celles des Etats modernes visant, toutes, à déculturer et déstructurer les petites communautés tribales indigènes, tout en les laissant en vie dans leur milieu naturel. Dépossession de la plus grande partie de leurs terres, réduction au servage de l'incomienda, destruction de leur encadrement social, religieux et culturel, lutte opiniâtre contre leurs croyances et leurs mœurs, extirpation de leurs langues, etc. La civilisation dominante, après la phase guerrière, joue l'intégration sur le plan de la culture : celle des colonisés étant éliminée graduellement par celle des colonisateurs. Phénomène universel, notamment à l'époque de l'impérialisme.


Le linguicide, peut-être considéré comme un des procédé entrant dans la gamme des mesures de la plupart des ethnocides ; et, sans doute comme le plus caractérisé et le plus décisif, car visant à éradiquer la langue, qui, comme l'on sait, est généralement l'indice le plus clair, le plus résistant et le plus cohésif d'une ethnie. En détruisant la langue d'un peuple, on élimine ce qu'il y a de plus visible et de plus vivant, et ce qui sera ensuite le plus impossible à réanimer ou reconstituer. Au centre de l'ethnocide, le linguicide est une pratique éminemment universelle. Pour se convaincre de sa portée il suffit de considérer son utilité et ses méthodes.



Pourquoi tuer les langues ?

Si l'on pose comme postulat que les minorités ethniques sont pour l'Etat-nation, pour le moins un embarras, un coût inutile, une source de bruit et de grincement divers de la machine, et, à la limite la négation même de cet Etat-nation, car au terme de processus variés de contestations, de dissidences, de séparatismes, d'autonomismes et d'indépendantismes, c'est-à-dire d'hérésies et de schismes portant atteinte au dogme de son unité et de son indivisibilité, il mène inéluctablement à l'érosion, l'abaissement, la réduction, voire l'éclatement de sa souveraine grandeur.

Doivent donc disparaître au plus tôt tout symbole ethnique que constitue, par essence, toute langue maternelle distincte de la langue nationale de l'Etat. Tout Etat-Nation conscient de ses prérogatives et de celles de son expression, de son verbe, se voit donc amené à veiller à ce que rien ne puisse faire obstacle à la propagation de ses messages, ou à la célébration de son être unique. Et, ainsi, à faire en sorte que sa langue, et sa langue seule, soit entendue de tous ses ressortissants.

Tout parler autre que la langue d'Etat est un danger pour l'Etat, s'il est pratiqué avant, à la place, ou mieux que la langue d'Etat par des sujets de l'Etat. Car ceux qui connaîtraient de cette façon une autre langue seraient susceptibles de ne pas participer avec une révérence totale au culte de l'Etat. Et ce, à plus forte raison, si leur langue se trouve être aussi celle d'un autre Etat.

A la place de la devise qui fut l'aboutissement des guerres de religion « cujus regio, ejus religio » (la religion de chacun est celle de son prince), on a hissé, sans le dire, la devise de l'Etat nation : « cujus regio, ejus lingua » (la langue de chacun est celle de son Etat). L'Etat-Nation homogène par la langue doit homogénéiser linguistiquement ses populations.

Parmi les rares Etats plurilingues, un seul est stable, la Suisse, au prix de l'application stricte d'une formule interne qui est précisément voisine de celle-là, celle de la territorialité de l'usage linguistique : toute partie de son territoire vit dans un unilinguisme fixe. Et les autres Etats plurilingues n'arrivent, comme la Belgique, a une pareille stabilité, que grâce à l'accession à un tel modus vivendi, ou ne semblerait y parvenir, comme le Canada, qu'à ce prix. Parmi les Etats ayant érigé en principe une certaine dose de liberté de choix de la langue, la Finlande fournit le modèle le plus achevé de réussite, tandis que les leçons des expériences de l'ex-Yougoslavie, de l'ex-URSS ou de l'Inde, prêtent à des interprétations plus contradictoires.

Les Etats se voient donc en présence de l'obligation de faire en sorte qu'une seule langue soit parlée sur leur territoire. Ils proclament officielle et/ou nationale la langue élue. Que faire pour qu'elle soit réellement la seule pratiquée et entendue ? Naturellement : éliminer toutes les autres. La solution du génocide étant exclue pour son coût en hommes, en complications logistiques et en condamnations morales, reste le procédé ethnocidaire du linguicide, qui ne présente pas les mêmes inconvénients puisque presque tous les Etats le pratiquent.




Comment tuer les langues ?

Trois méthodes se présentent pour tuer les langues : les anciennes, répressives, la moderne, progressiste, et l'éternelle, psychologique.

Les méthodes anciennes consistaient à interdire, persécuter, espionner, pourchasser, punir etc. ; en un mot à mettre en place tout un arsenal de mesures répressives, s'appuyant sur un appareil policier et judiciaire actif. Les régimes autoritaires fascistes, comme en Espagne, entre autres, ont pratiqué ce système : interdiction de l'usage de certaines langues en public et même en privé, au téléphone, dans la correspondance, l'affichage, la signalisation et jusque sur les pierres tombales qu'il fallait effacer ; comme il fallait rebaptiser les lieux, les noms et les prénoms. Beaucoup d'autres régimes, communistes, comme en Bulgarie, moyennement démocratique comme en Turquie, n'ont pas arrêté de soumettre de larges portions de leurs populations à de tels attirails de mesures répressives. Mais ces mesures nécessitent un appareil spécialisé, créent un mécontentement intérieur latent, altèrent, à l'extérieur, l'image du régime, et, finalement, présentant plus d'inconvénients que d'avantages, restent d'un rendement assez faible et incertain.

La méthode moderne du linguicide est beaucoup plus efficace, elle peut même être présentée comme carrément progressiste, se parer d'un certain libéralisme, et aller jusqu'à gagner la faveur des intéressés. C'est celle de l'enseignement obligatoire. Pour tuer rapidement et définitivement une langue, rien ne vaudra jamais l'enseignement… d'une autre langue. C'est ce qu'ont parfaitement compris les Etats modernes. Pendant des siècles les langues ethniques ont survécu grâce à la non alphabétisation des masses, qui restaient un réservoir de pratiques linguistiques vivantes, complètes et indispensables à toute vie économique autant que familiale, affective, etc. et puis il suffit qu'on ouvre des écoles publiques propageant partout la langue de l'Etat, pour qu'en une génération on fasse des bilingues et en deux des monolingues ne connaissant même plus la langue de leurs aïeux.

C'est ce que je vois dans mon village où seuls quelques vieux comprennent le provençal, alors que tout le monde le parlait dans leur enfance, au début du siècle. C'est ce que j'ai étudié chez les Cajuns de Louisiane où l'on trouve encore, dans les Bayous, de nombreux représentants de la dernière génération qui ne parlait que français, mais où les classes d'age mur sont bilingues, tandis que jeunes et enfants ne parlent qu'anglais. C'est aussi ce qu'on observe en Afrique noire, là où l'enseignement est général, en faveur des langues officielles apportées par la colonisation et maintenues par les indépendances.

L'acculturation nouvelle organisée par l'Etat, implique une déculturation symétrique au dépens de la langue locale. Cette déculturation n'a souvent même pas besoin de s'exercer par voie d'autorité ou d'injonction. Pour la raison qu'il n'y a pas de place pour deux langues dans la plupart des cranes, ou des sociétés. Ou, disons que s'il y a, temporairement place pour deux langues, ce sont deux places fonctionnellement et honorifiquement très inégales. La langue d'Etat devient la langue de culture, par tous ses privilèges. Scolaire, d'abord : ce sera la seule que l'on écrira et lira, la seule avec laquelle on comptera et l'on saisira, grâce au vocabulaire reçu, tous les éléments scientifiques, techniques, juridiques, voire littéraires, auxquels on aura affaire. Et, naturellement, elle deviendra vite celle de l'embauche, du travail, des relations avec le monde moderne et des médias. La langue ancestrale s'effacera, s'appauvrira de tout un vocabulaire non communiqué, s'atrophiera par un emploi sporadique et réservé à des relations familiales et domestiques.

Et ce rôle fondamentalement déculturant exercé par l'école et ses suites, administration, emploi, culture de masse, amplifié par le voisinage, la rue, la ville, sera même souvent devancée par la famille elle-même. Pour éviter à l'enfant le choc scolaire de la langue d'Etat sur la langue domestique, les parent eux-mêmes s'efforceront de préparer leur progéniture en lui inculquant, au foyer, la langue d'Etat ; et pour ceux qui le peuvent, la langue d'Etat uniquement. Il n'est plus besoin d'interdire au niveau des institutions officielles : c'est l'institution qui spontanément prend les devants et censure partiellement et souvent complètement la langue du groupe. Les procédés coercitifs de l'école que j'ai décrits ailleurs ne sont plus de mise : ce sont les familles elles-mêmes qui s'auto-censurent pour mieux préparer les enfants à leur vie sociale.

Dans des structures libérales offrant différents réseaux d'enseignement on peut voir des familles préférer envoyer leurs enfants dans les écoles pratiquant la langue d'Etat plutôt que dans celles de leur propre communauté linguistique. En Inde on a vu des populations protester parce qu'on ouvrait des écoles dans leur langue au lieu de la langue de l'Etat (Etat linguistique dans la structure fédérale de l'Union). On arrive, ainsi, à un point où l'acculturation est souhaitée, accélérée, revendiquée par les intéressés eux-mêmes.

A ce stade l'Etat peux même se donner le luxe d'introduire la langue en voie d'éradication comme objet d'étude au niveau universitaire ou secondaire. A condition évidemment de continuer à refuser de la laisser utiliser comme moyen d'instruction au primaire ou, surtout, en maternelle. Quelle importance si quelques individus veulent surcharger leur cursus académique en réapprenant la langue de leurs ancêtres ? L'essentiel est que la masse se soit efforcée de l'oublier complètement. De même on pourra laisser les administrations responsables apposer dans la signalisation des noms de localité, ou des rues, des mentions, doublant, en langue locale, les désignations en langue d'Etat ; comme on le fait maintenant dans le midi de la France, avec l'occitan. Quels dangers de voir apparaître un folklore que seule une toute petite minorité comprend encore ? Ce ne sont que des fleurs en hommage aux langues préalablement assassinées.

A coté du linguicide moderne par l'enseignement, qui a remplacé le linguicide répressif ancien, survit le linguicide psychologique, arme éternelle de toute conquête des âmes. Il consiste essentiellement à persuader les locuteurs de langues locales que leurs parlers ne sont pas des langues ; ne sont pas des systèmes d'expression dignes du nom de langue, mais des ensembles innommables, informes, inclassables, à peine audibles et intelligibles.

La langue française, dans son génie, a créé pour cela un mot intraduisible dans la plupart des autres langues : le mot patois. Mot censé représenter une forme inférieure au mot dialecte, qui, bien que déjà fort dévalué, peut désigner correctement toute variante régionale d'une ‘vraie’ langue. Le mot, patois, a servi à qualifier toute forme dialectale du français, de l'occitan, des langues voisines, du créole, des langues africaines ou autre, rencontrées dans la mouvance de la République. Il convenait au parler spontané, naturel des populations, à celui que l'on n'enseigne pas, par opposition au français, la seule langue que l'on enseigne, car la seule qui le mérite.

Le patois n'est, en somme, qu'une des multiples forme de nature, par opposition à la forme de culture par excellence qu'est la langue française. Opposition radicale entre deux formes incomparables -le patois et la langue- aisément inculquée aux populations dépourvues d'autres références, et qu'elles font leur. Le " patois ", chargé de tous les stigmates de la déconsidération sociale et culturelle finit par être ressenti comme une tare honteuse par ses locuteurs. Et ces populations sont alors spontanément enclines à cacher cette pratique, à en réduire la portée, et à tout faire, au contraire, pour montrer leur capacité à parler la langue du pouvoir.

Il est, d'ailleurs intéressant de noter que le mot " patois " n'avait été emprunté officiellement, comme tel, que dans une petite partie du monde anglo-saxon, et pour y désigner précisément les parlers créoles à base française qui pouvaient y subsister : anciennes possessions françaises des îles des Caraïbes comme la Dominique, Sainte Lucie et Saint Vincent. Et, de là le mot a été appliqué à certains créoles à base anglaise comme celui de la Jamaïque. Il s'agissait là d'un legs culturel des coutumes administratives françaises.

Si le dédain social, traduit par le terme patois, avec toute sa connotation péjorative, peut-être appliquée assez aisément à de nombreux dialectes mal connus ou délimité, on remarque que la destruction par le mépris peut aussi bien frapper des variantes locales de n'importe quelle langue de culture par ailleurs bien établie, mais pouvant se trouver exceptionnellement en situation minoritaire. Le cas du français des Cajuns de Louisiane est remarquable à cet égard. C'est un parler issu de l'acadien de Nouvelle Ecosse, donc dérivé principalement du français rural des pays compris entre Loire et Charente, d'où provinrent, au XVIIIe, la plupart des fondateurs de l'Acadie.

Quand j'entends des vieux Cajuns je crois entendre les paysans qui, dans mon enfance, me racontaient ce qu'ils faisaient, dans un parler parfaitement intelligible, mais qui avait toute la saveur du terroir, où, petit citadin, j'aimais me plonger aux vacances. Mais pour que ces Cajuns osent me parler, à moi, Français de France, comme ils parlent entre eux, il faut d'abord qu'ils surmontent leur propre réticence, leur pudeur, à dévoiler devant moi leur façon de s'exprimer. Pourquoi ? Parce qu'on leur a dit, parce qu'on leur a inculqué, depuis des générations, que ce qu'ils parlaient n'était pas du français, mais était un parler bâtard, obscur, dégradé, propre à eux seuls, et qui n'avait rien à voir avec la langue de Molière. Et qui leur disait cela ? Des américains, bien sûr, et qui généralement étaient bien incapable de déchiffrer une ligne de Molière.

Alors que le parler de ces Cajuns était, en fait, plus proche, phonétiquement, lexicalement, grammaticalement, de la langue de Molière que le français que je parle moi. Et pourquoi s'est-on efforcé de les convaincre d'une telle infirmité culturelle ? Pour les amener à renoncer à leur langue et les inciter à passer autant que possible à l'anglais. Même si l'enseignement n'était pas encore prêt à les accueillir, ce qui ne fut possible, pour la majorité de leurs enfants, qu'après la première guerre mondiale, grâce au gouverneur Huey Long, élu des Cajuns. Mais il était bon, au préalable, de les amener à se dévaloriser culturellement, à ne pas s'identifier à la francité, valeur par ailleurs assez coté depuis Lafayette. Et je passe sur les autres traits de réputation dont on accablait les Cajuns dans la littérature bien pensante de l'époque, qui les présentaient comme un ramassis fermé d'habitants de marécages, frappé de nombreuses tares génétiques et abandonnés à toute les dépravations du catholicisme latin. Alors que ces français avaient constitués au cours du XIXe, dans les prairies de Louisiane, une population pionnière et dynamique ayant assimilé et francisé de nombreux immigrants, y compris anglo-saxons, venant de tous horizons.

Une langue se détruit d'abord dans la tête de ses locuteurs, et la destruction commence par la dévalorisation, la négation absolue : la persuasion que ce n'est même pas une langue. Enseignement public général de la langue d'Etat plus arme psychologique de négation : nous avons là l'arsenal moderne permettant l'éradication complète, rapide et volontaire des langues minoritaires, quelles qu'elles soient. C'est l'arme propre, qui ne laisse pas de trace : la bombe à neutrons du linguicide.




Apothéose ou abandon du linguicide ?

Les langues d'Etat, dans le monde actuel, sont moins d'une centaine sur cinq à six mille langues parlées, dont la plupart ne sont pas encore écrites et, pour un nombre incertain, même pas identifiées. Toutes celles-ci, c'est-à-dire plus de 98% des langues du monde, y compris certaines familles linguistiques entières, sont amenées à disparaître en moins de trois générations à partir de la généralisation de l'enseignement obligatoire. C'est la disparition immense et subite d'une partie connue et inconnue du patrimoine culturel de l'humanité. Elle sera célébrée par certains, qui, par exemple espèrent depuis longtemps voir l'extinction du breton ou du basque, manifestation de la gloire des grands Etats, de la victoire des hautes cultures. Ce mouvement est-il irréversible ? Oui pour l'essentiel. Ses seules limites sont de se heurter, ici ou là, à la résurrection de langues comme le catalan, porté par une population compacte, fière d'elle-même et de sa langue qu'elle n'a cessé de pratiquer. La seule incertitude quand à la rapidité du processus tient aux lenteurs, et en fait, au coût, dans certaines parties du monde, de l'instauration de l'instruction publique obligatoire. Plus on est ignorant mieux on connaît sa langue, plus on est instruit, moins on s'en sert, a-t-on remarqué dans bien des ethnies. Faudrait-il tabler sur l'analphabétisme pour augurer de la survie des beaucoup de langues ? Ou faut-il espérer que certains Etats comprennent que, s'il y a progrès culturel, il ne passe pas forcément par l'extinction de la majorité des langues ? Et que toutes les langues méritent d'être enseignées, comme elles mériteraient d'être, au moins, comprises, étudiées, identifiées, respectées ? » Roland Breton

Ecrit par : RB | 02.06.2005

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